Les pompiers agressés
« On risque l'insulte mais aussi les jets de pierres, les parpaings et même pire,
certaines interventions sont en fait de véritables traquenards » confie un pompier du
Val d'Oise. Il est vrai que les soldats du feu sont régulièrement victimes d'embuscades
particulièrement agressives qui pourraient même être meurtrières. Comme si leur
uniforme ne les distinguait pas des policiers. Rien ne les épargne, même quand,
raconte ce même soldat du feu, ils se déplacent pour désincarcérer un voleur de voiture
blessé, ils se font insulter par ses amis. Les agressions peuvent aller des blocs de
parpaing lancés du haut d'un immeuble sur la camionnette, jusqu'à la voiture piégée
qui explose à leur arrivée comme au Blanc-Mesnil en 1995, ou à Vénissieux le 31
janvier 1999, explosion qui a blessé six pompiers dont un grièvement (il a dû être
amputé).
Dans la nuit du 31 décembre 1997, les pompiers qui tentent d'intervenir à Deuil-la-
Barre, où ils avaient été appelés pour un incendie dans un appartement, sont
accueillis par une pluie de pierres et des insultes. Ils peuvent être attaqués
physiquement comme à Toulouse (31) en avril 2001 : « des pompiers sont
assaillis par cent malfaiteurs surexcités. Un pompier est gravement blessé. Un policier
écoeuré déclare : « c'est le Bronx ici et on laisse faire. »
Ils se font caillasser et quand la caserne est située près d'un quartier chaud, eux, leurs
femmes et leurs enfants sont victimes d'insultes et d'actes d'intimidation.
Leur désarroi est tel que certains demandent à faire jour « le droit de retrait » (droit à
renoncer à une mission si sa vie est en danger), pour les interventions dans les
quartiers où ils risquent un guet-apens.
Les policiers, voilà l'ennemi
Le 26 décembre, Djelloul, habitant de la cité Balzac à Vitry, est abattu après avoir
attaqué une succursale de la BNP à Neuilly-sur-Marne. La mort de Djelloul est
interprétée par la cinquantaine de jeunes braqueurs de banques de la cité Balzac déjà
dans le collimateur de la Police Judiciaire, comme l'agression de trop. En quatre jours
soixante-trois voitures sont brûlées à Vitry. Cette montée de violence fut la réponse
spectaculaire d'un gang de braqueurs aux forces de l'ordre. Elle témoigne du bras de
fer violent qui oppose régulièrement les forces de police aux jeunes des quartiers
difficiles.
Il y a dix ans déjà à Amiens-Nord, à la cité des Mérisiers de Trappes,
à l'Ousse des Bois à Pau, on assistait à des affrontements violents entre la police et
des groupes de « jeunes ». Ainsi le 18 janvier 1992 à Trappes, une patrouille du corps
urbain de la ville interpelle un jeune antillais circulant sur un cyclomoteur sans casque,
sans éclairage, qui s'était soustrait aux vérifications en prenant la fuite : « Cette
interpellation provoque le rassemblement d'une vingtaine de jeunes de la cité des
Mérisiers qui agressent les trois fonctionnaires de police pour aider le contrevenant à
s'enfuir. Les trois policiers sont blessés et déplorent le vol de stylos-montres et une
tentative de vol de leur arme de service. Trois individus sont conduits au poste. A
22h 50, une quarantaine de jeunes se regroupent devant le commissariat et lancent des
projectiles dans la cour pour obtenir la libération de leurs trois camarades. A 23h 15,
cette bande est dispersée par les CRS appelés en renfort. Un policier est blessé à la
tête par un jet de pierres. Cinq cocktails Molotov sont jetés sur les forces de l'ordre,
sans toutefois les atteindre (...) Le calme n'est rétabli qu'à 2 heures du matin, à
l'issue de quatre heures d'affrontements ».
En 1997, la police analysait « le rapport entre les jeunes de banlieue avec l'autorité
policière » et faisait ce constat : « phénomène de plus en plus préoccupant, les
violences anti-policières des banlieues restent l'apanage d'une petite minorité de
jeunes déjà ancrés dans la facilité et la délinquance. Elles apparaissent, néanmoins,
comme la partie visible d'une dérive plus profonde, touchant un public plus nombreux,
qui s'exprime dans une culture de banlieue de tonalité sombre. En entretenant les
ressentiments, l'esprit de revanche et les stéréotypes anti-institutionnels, cette dernière
détourne les jeunes de l'effort vers la rationalité. Elle complique aussi un dialogue qui
s'avère pourtant de plus en plus nécessaire. »
Ce dialogue n'a pas eu lieu. Et de films qui, comme La Haine, avaient mis l'accent
sur la révolte légitime des jeunes des cités, en faits divers, en passant par la musique
(« Sacrifice de poulets » chantait un groupe de rap, « je pisse sur la police » reprenait
un autre) une certaine culture urbaine, qui tend à devenir la culture de toutes la
jeunesse de France, fait du policier l'homme à abattre.
Cette image d'une police répressive et dictatoriale s'est, en outre, développée dans des
sphères privilégiées et dans certains milieux médiatiques dont les membres, à vingt
ans, lors de mai 1968, ont comparé les CRS aux SS et dont la compassion enchante
les jeunes malfaiteurs. Ces derniers ont bien saisi la rhétorique de la révolte légitime
sans que l'on ne sache jamais si elle exprime un sentiment sincère ou un message codé
à l'attention de ceux qui voudraient remettre en question l'ordre parallèle qui existe
dans la cité. Les propos de ce jeune de Montfermeil rapporté par Christian Mouhanna
en témoigne : « Il y a un truc que les flics doivent comprendre : il ne faut pas
maltraiter les mecs biens. Ici, les gens sont contre les flics, parce qu'ils ont été
maltraités. Je suis de coeur avec les jeunes qui se bagarrent. Le policier doit prendre
conscience qu'il faut le respect. S'il n'y a plus de respect, il n'y a plus de confiance. »
La police apparaît alors comme l'élément répressif qui développe chez les jeunes
défavorisés un sentiment de révolte. Mais elle est aussi la première ennemie de ces
zones parallèles, puisqu'elle défend l'ordre de la République celui-là même qui pourrait remettre en cause les trafics en tous genres. Chaque intrusion de la police est
donc considérée comme une attaque qui mérite une riposte.
Les caïds n'hésitent pas, en outre, à utiliser les plus jeunes pour intimider la police.
Un policier de la région Rhône-Alpes raconte : « Nous avons la conviction que les
attaques dont certains postes de police ont été la cible, ces derniers mois, sont
directement inspirées par les aînés de différentes fratries qui excitent et manipulent les
jeunes ».
Dans certaines cités, la police ne se déplace qu'en voiture et a pris l'habitude de
recevoir des insultes voire des projectiles, de la part de mineurs qui savent qu'ils ne
risquent rien. C'est que les agressions se multiplient.
Le 30 mars 2002, huit jeunes de 16 à 22 ans, du quartier des Alouettes à Alfortville
(Val-de-Marne), investissent en hurlant la cage d'escalier d'immeuble d'où ils
affrontent la police à coups de pierre.
En novembre 2000, à deux pas de la Cité des Francs-Moisins un policier de vingt-quatre
ans tente de contrôler un véhicule : « Celui-ci fonce sur le gardien de la paix,
projeté à vingt mètres et gravement blessé (fractures multiples dont celle du bassin). »
Le 15 mai 2001, à Orly, dans la cité des Navigateurs, les policiers en patrouille
reçoivent des coups de feu et doivent s'enfuir.
Le 1er septembre à Béziers, un fourgon de police est attaqué au lance-roquette.
Les commissariats et les gendarmeries sont, elles aussi, la cible d'attaques quasi terroristes.
Depuis 2001, la section « Villes et Banlieues » des Renseignements
Généraux a déjà recensé plus de 65 incidents types « incendies et tentatives
d'incendies contre les locaux de police ».
« Les quartiers difficiles de province sont les plus touchés. A titre d'exemple, des
bureaux de police ont récemment été l'objet de dégradations par le feu : à Auxerre,
Bourges, Castres, Dreux, Grigny, Orléans, Pfastaff, Ronchin, Sète et Vienne ».
Pour les prochaines années le ministère de l'intérieur a prévu de créer « 619 bureaux
de police ou points de contacts dans les zones sensibles ». Ceux-ci risquent de devoir
être surprotégés pour éviter les attaques des jeunes délinquants. Selon le substitut du
procureur de Créteil, depuis le début de l'année 2002, dans le Val de Marne une
voiture de police est touchée chaque jour par des pierres. Malek Boutih ne mâche pas
ses mots contre ceux qui condamnent une police « anti-jeunes », accumulant les
bavures : « Le plus grand nombre de bavures n'est plus de son fait, c'est la racaille
qui tue le plus dans les cités (...) l'ennemi n'est pas le flic à 7500 balles par mois, ce
sont les petits dictateurs de quartiers qui vendraient leurs frères pour quelques
billets. »
Le 4 octobre 2003, alors que la police tentait d'intervenir pour sauver Sohane, jeune
fille de 17 ans de la cité Balzac à Vitry-sur-Seine, que Djamel était en train de faire
brûler vive dans un local à poubelle, elle était attaqué par des groupes de jeunes et due
faire appel à quatre-vingt CRS pour mettre fin à l'émeute.
L'angoisse des médecins
Ascenseurs en panne, couloirs délabrés, excréments humains dans les halls, la
déshérence de certaines cités est telle que les pouvoirs publics (mairie, conseil
régional) comme les offices HLM semblent s'être résignés. Ainsi la vie dans le grand
L, un édifice du grand Ensemble à Antony (6 631 habitants) aujourd'hui détruit, était
particulièrement difficile. On y voyait des jeunes faire de la moto dans les couloirs du
10ème étage. « Les gens chargés du ménage, racontait une habitante, viennent avec un
seul seau d'eau pour nettoyer des dizaines et des dizaines de mètres de couloirs. Ils ne
changent pas l'eau, elle devient vite noire. Ca sent mauvais.... »
La vie quotidienne ne se déroule plus sans cette toile de fond précaire. Ainsi les
médecins régulièrement agressés se déplacent de moins en moins dans ces cités.
« La statut de médecin n'est plus un rempart, explique Didier Menard, médecin à la
cité des Francs-Moisins (Saint-Denis). La violence, le vandalisme ou le vol contre ceux qui soignent, c'est inqualifiable. »
Durant l'année 2001, les agressions contre les blouses blanches se sont multipliées.
Le 1er février, au Val Fourré, Pierre Cohen, le plus ancien médecin du quartier est
victime d'un hold-up. Vers 21h 30 dans son cabinet de la rue Blaise Pascal, deux
hommes encagoulés et armés lui dérobent 3 000 Euros.
Au Lilas (93) à la mi-février, une pharmacie est victime d'une attaque à main armée.
A Sarcelles, le 20 juillet, un généraliste de SOS Médecins 95 se fait agresser dans la
cage d'escalier d'une cité en allant rendre visite à un patient. Menacé d'un couteau par
deux jeunes, il doit donner son téléphone portable.
Blois (41) début septembre. Victime de plusieurs caillassages sur leurs voitures, les
ambulanciers de la ville décident de ne plus se déplacer dans la ZUP sans être
accompagnés par des correspondants municipaux. Le phénomène a pris une telle
ampleur que le 1er octobre 2001, le Comité interministériel des villes présidé par
Lionel Jospin décidait de débloquer 5,34 milliards d'Euros pour sécuriser les
professionnels de la santé et les inciter à continuer leurs visites dans les quartiers
sensibles.
Avec trois mesures phares :
1. Sécuriser les pharmacies et les cabinets (alarmes, rideau de fer, sas de
sécurité...)
2. Regrouper les professionnels dans des « maisons médicales »
3. Des médiateurs « santé » pour les cités, recrutés sur la base de contrats emploi
solidarités (CES), ils doivent notamment guider les médecins de nuit dans les
zones sensibles.
« On risque l'insulte mais aussi les jets de pierres, les parpaings et même pire,
certaines interventions sont en fait de véritables traquenards » confie un pompier du
Val d'Oise. Il est vrai que les soldats du feu sont régulièrement victimes d'embuscades
particulièrement agressives qui pourraient même être meurtrières. Comme si leur
uniforme ne les distinguait pas des policiers. Rien ne les épargne, même quand,
raconte ce même soldat du feu, ils se déplacent pour désincarcérer un voleur de voiture
blessé, ils se font insulter par ses amis. Les agressions peuvent aller des blocs de
parpaing lancés du haut d'un immeuble sur la camionnette, jusqu'à la voiture piégée
qui explose à leur arrivée comme au Blanc-Mesnil en 1995, ou à Vénissieux le 31
janvier 1999, explosion qui a blessé six pompiers dont un grièvement (il a dû être
amputé).
Dans la nuit du 31 décembre 1997, les pompiers qui tentent d'intervenir à Deuil-la-
Barre, où ils avaient été appelés pour un incendie dans un appartement, sont
accueillis par une pluie de pierres et des insultes. Ils peuvent être attaqués
physiquement comme à Toulouse (31) en avril 2001 : « des pompiers sont
assaillis par cent malfaiteurs surexcités. Un pompier est gravement blessé. Un policier
écoeuré déclare : « c'est le Bronx ici et on laisse faire. »
Ils se font caillasser et quand la caserne est située près d'un quartier chaud, eux, leurs
femmes et leurs enfants sont victimes d'insultes et d'actes d'intimidation.
Leur désarroi est tel que certains demandent à faire jour « le droit de retrait » (droit à
renoncer à une mission si sa vie est en danger), pour les interventions dans les
quartiers où ils risquent un guet-apens.
Les policiers, voilà l'ennemi
Le 26 décembre, Djelloul, habitant de la cité Balzac à Vitry, est abattu après avoir
attaqué une succursale de la BNP à Neuilly-sur-Marne. La mort de Djelloul est
interprétée par la cinquantaine de jeunes braqueurs de banques de la cité Balzac déjà
dans le collimateur de la Police Judiciaire, comme l'agression de trop. En quatre jours
soixante-trois voitures sont brûlées à Vitry. Cette montée de violence fut la réponse
spectaculaire d'un gang de braqueurs aux forces de l'ordre. Elle témoigne du bras de
fer violent qui oppose régulièrement les forces de police aux jeunes des quartiers
difficiles.
Il y a dix ans déjà à Amiens-Nord, à la cité des Mérisiers de Trappes,
à l'Ousse des Bois à Pau, on assistait à des affrontements violents entre la police et
des groupes de « jeunes ». Ainsi le 18 janvier 1992 à Trappes, une patrouille du corps
urbain de la ville interpelle un jeune antillais circulant sur un cyclomoteur sans casque,
sans éclairage, qui s'était soustrait aux vérifications en prenant la fuite : « Cette
interpellation provoque le rassemblement d'une vingtaine de jeunes de la cité des
Mérisiers qui agressent les trois fonctionnaires de police pour aider le contrevenant à
s'enfuir. Les trois policiers sont blessés et déplorent le vol de stylos-montres et une
tentative de vol de leur arme de service. Trois individus sont conduits au poste. A
22h 50, une quarantaine de jeunes se regroupent devant le commissariat et lancent des
projectiles dans la cour pour obtenir la libération de leurs trois camarades. A 23h 15,
cette bande est dispersée par les CRS appelés en renfort. Un policier est blessé à la
tête par un jet de pierres. Cinq cocktails Molotov sont jetés sur les forces de l'ordre,
sans toutefois les atteindre (...) Le calme n'est rétabli qu'à 2 heures du matin, à
l'issue de quatre heures d'affrontements ».
En 1997, la police analysait « le rapport entre les jeunes de banlieue avec l'autorité
policière » et faisait ce constat : « phénomène de plus en plus préoccupant, les
violences anti-policières des banlieues restent l'apanage d'une petite minorité de
jeunes déjà ancrés dans la facilité et la délinquance. Elles apparaissent, néanmoins,
comme la partie visible d'une dérive plus profonde, touchant un public plus nombreux,
qui s'exprime dans une culture de banlieue de tonalité sombre. En entretenant les
ressentiments, l'esprit de revanche et les stéréotypes anti-institutionnels, cette dernière
détourne les jeunes de l'effort vers la rationalité. Elle complique aussi un dialogue qui
s'avère pourtant de plus en plus nécessaire. »
Ce dialogue n'a pas eu lieu. Et de films qui, comme La Haine, avaient mis l'accent
sur la révolte légitime des jeunes des cités, en faits divers, en passant par la musique
(« Sacrifice de poulets » chantait un groupe de rap, « je pisse sur la police » reprenait
un autre) une certaine culture urbaine, qui tend à devenir la culture de toutes la
jeunesse de France, fait du policier l'homme à abattre.
Cette image d'une police répressive et dictatoriale s'est, en outre, développée dans des
sphères privilégiées et dans certains milieux médiatiques dont les membres, à vingt
ans, lors de mai 1968, ont comparé les CRS aux SS et dont la compassion enchante
les jeunes malfaiteurs. Ces derniers ont bien saisi la rhétorique de la révolte légitime
sans que l'on ne sache jamais si elle exprime un sentiment sincère ou un message codé
à l'attention de ceux qui voudraient remettre en question l'ordre parallèle qui existe
dans la cité. Les propos de ce jeune de Montfermeil rapporté par Christian Mouhanna
en témoigne : « Il y a un truc que les flics doivent comprendre : il ne faut pas
maltraiter les mecs biens. Ici, les gens sont contre les flics, parce qu'ils ont été
maltraités. Je suis de coeur avec les jeunes qui se bagarrent. Le policier doit prendre
conscience qu'il faut le respect. S'il n'y a plus de respect, il n'y a plus de confiance. »
La police apparaît alors comme l'élément répressif qui développe chez les jeunes
défavorisés un sentiment de révolte. Mais elle est aussi la première ennemie de ces
zones parallèles, puisqu'elle défend l'ordre de la République celui-là même qui pourrait remettre en cause les trafics en tous genres. Chaque intrusion de la police est
donc considérée comme une attaque qui mérite une riposte.
Les caïds n'hésitent pas, en outre, à utiliser les plus jeunes pour intimider la police.
Un policier de la région Rhône-Alpes raconte : « Nous avons la conviction que les
attaques dont certains postes de police ont été la cible, ces derniers mois, sont
directement inspirées par les aînés de différentes fratries qui excitent et manipulent les
jeunes ».
Dans certaines cités, la police ne se déplace qu'en voiture et a pris l'habitude de
recevoir des insultes voire des projectiles, de la part de mineurs qui savent qu'ils ne
risquent rien. C'est que les agressions se multiplient.
Le 30 mars 2002, huit jeunes de 16 à 22 ans, du quartier des Alouettes à Alfortville
(Val-de-Marne), investissent en hurlant la cage d'escalier d'immeuble d'où ils
affrontent la police à coups de pierre.
En novembre 2000, à deux pas de la Cité des Francs-Moisins un policier de vingt-quatre
ans tente de contrôler un véhicule : « Celui-ci fonce sur le gardien de la paix,
projeté à vingt mètres et gravement blessé (fractures multiples dont celle du bassin). »
Le 15 mai 2001, à Orly, dans la cité des Navigateurs, les policiers en patrouille
reçoivent des coups de feu et doivent s'enfuir.
Le 1er septembre à Béziers, un fourgon de police est attaqué au lance-roquette.
Les commissariats et les gendarmeries sont, elles aussi, la cible d'attaques quasi terroristes.
Depuis 2001, la section « Villes et Banlieues » des Renseignements
Généraux a déjà recensé plus de 65 incidents types « incendies et tentatives
d'incendies contre les locaux de police ».
« Les quartiers difficiles de province sont les plus touchés. A titre d'exemple, des
bureaux de police ont récemment été l'objet de dégradations par le feu : à Auxerre,
Bourges, Castres, Dreux, Grigny, Orléans, Pfastaff, Ronchin, Sète et Vienne ».
Pour les prochaines années le ministère de l'intérieur a prévu de créer « 619 bureaux
de police ou points de contacts dans les zones sensibles ». Ceux-ci risquent de devoir
être surprotégés pour éviter les attaques des jeunes délinquants. Selon le substitut du
procureur de Créteil, depuis le début de l'année 2002, dans le Val de Marne une
voiture de police est touchée chaque jour par des pierres. Malek Boutih ne mâche pas
ses mots contre ceux qui condamnent une police « anti-jeunes », accumulant les
bavures : « Le plus grand nombre de bavures n'est plus de son fait, c'est la racaille
qui tue le plus dans les cités (...) l'ennemi n'est pas le flic à 7500 balles par mois, ce
sont les petits dictateurs de quartiers qui vendraient leurs frères pour quelques
billets. »
Le 4 octobre 2003, alors que la police tentait d'intervenir pour sauver Sohane, jeune
fille de 17 ans de la cité Balzac à Vitry-sur-Seine, que Djamel était en train de faire
brûler vive dans un local à poubelle, elle était attaqué par des groupes de jeunes et due
faire appel à quatre-vingt CRS pour mettre fin à l'émeute.
L'angoisse des médecins
Ascenseurs en panne, couloirs délabrés, excréments humains dans les halls, la
déshérence de certaines cités est telle que les pouvoirs publics (mairie, conseil
régional) comme les offices HLM semblent s'être résignés. Ainsi la vie dans le grand
L, un édifice du grand Ensemble à Antony (6 631 habitants) aujourd'hui détruit, était
particulièrement difficile. On y voyait des jeunes faire de la moto dans les couloirs du
10ème étage. « Les gens chargés du ménage, racontait une habitante, viennent avec un
seul seau d'eau pour nettoyer des dizaines et des dizaines de mètres de couloirs. Ils ne
changent pas l'eau, elle devient vite noire. Ca sent mauvais.... »
La vie quotidienne ne se déroule plus sans cette toile de fond précaire. Ainsi les
médecins régulièrement agressés se déplacent de moins en moins dans ces cités.
« La statut de médecin n'est plus un rempart, explique Didier Menard, médecin à la
cité des Francs-Moisins (Saint-Denis). La violence, le vandalisme ou le vol contre ceux qui soignent, c'est inqualifiable. »
Durant l'année 2001, les agressions contre les blouses blanches se sont multipliées.
Le 1er février, au Val Fourré, Pierre Cohen, le plus ancien médecin du quartier est
victime d'un hold-up. Vers 21h 30 dans son cabinet de la rue Blaise Pascal, deux
hommes encagoulés et armés lui dérobent 3 000 Euros.
Au Lilas (93) à la mi-février, une pharmacie est victime d'une attaque à main armée.
A Sarcelles, le 20 juillet, un généraliste de SOS Médecins 95 se fait agresser dans la
cage d'escalier d'une cité en allant rendre visite à un patient. Menacé d'un couteau par
deux jeunes, il doit donner son téléphone portable.
Blois (41) début septembre. Victime de plusieurs caillassages sur leurs voitures, les
ambulanciers de la ville décident de ne plus se déplacer dans la ZUP sans être
accompagnés par des correspondants municipaux. Le phénomène a pris une telle
ampleur que le 1er octobre 2001, le Comité interministériel des villes présidé par
Lionel Jospin décidait de débloquer 5,34 milliards d'Euros pour sécuriser les
professionnels de la santé et les inciter à continuer leurs visites dans les quartiers
sensibles.
Avec trois mesures phares :
1. Sécuriser les pharmacies et les cabinets (alarmes, rideau de fer, sas de
sécurité...)
2. Regrouper les professionnels dans des « maisons médicales »
3. Des médiateurs « santé » pour les cités, recrutés sur la base de contrats emploi
solidarités (CES), ils doivent notamment guider les médecins de nuit dans les
zones sensibles.
